Discours d’investiture du candidat de la Coalition des Forces du Changement Démocratique, Dr Mohamed Ould Maouloud

Mauritaniennes et Mauritaniens,


Chers compatriotes,


Je tiens, tout d’abord, à souhaiter la bienvenue à nos honorables invités : candidats à la
prochaine présidentielle, présidents de partis politiques, chef de l’institution de l’opposition
démocratique, organisations de la société civile, mouvements de jeunes, députés, sénateurs
et personnalités.
Bienvenue à tous, bienvenue à vous, jeunes et femmes du changement.
Vous êtes venus nombreux aujourd’hui et avez surpris l’opinion publique en démontrant que
le changement est inéluctable.


Vous êtes venus illustrer la nécessité du changement dans ce pays ; la nécessité de mettre
fin à la dictature. Nous en avons assez de ce régime, après dix années interminables. Tel est
le message que vous êtes venus délivrer. Il est bien reçu et j’ai compris, aujourd’hui, que je
suis investi d’une vraie mission par l’ensemble du peuple mauritanien. Et je m’engage à
l’assumer pleinement avec l’aide d’Allah et avec votre soutien.
Dans quelques semaines, notre peuple sera appelé aux urnes afin d’élire le président de la
République qui dirigera le pays et veillera à leur destinée pour les 5 prochaines années.

Aussi bien dans le texte constitutionnel que dans la réalité effective de la pratique suivie depuis
notre accession formelle à l’indépendance nationale, le Président de la République est au
cœur du système politique, la clé de voûte des institutions de notre pays. Aussi, le choix
porté sur un candidat à une telle élection, est-il d’une importance majeure dans la vie
politique, économique, sociale et culturelle du pays.
En tant que citoyen et acteur politique qui, avec bien d’autres patriotes et depuis longtemps,
a décidé de dédier toute sa vie à la cause de notre Nation, son unité, son indépendance
réelle et sa prospérité, je viens vers vous, en accord avec tous ceux qui croient en la sincérité
de mes engagements et en mon aptitude à les traduire en actes, pour solliciter votre
mobilisation et votre appui afin de réaliser le Grand et réel Changement auquel ce pays
aspire depuis si longtemps, et particulièrement depuis cette dernière décennie, qui laissera
dans l’histoire de notre pays, des traces profondes de régression et de descente dans les
affres de la misère, de l’intolérance, des divisions, de la discrimination, de la gabegie, de
l’insécurité et de la domination étrangère.


Mauritaniennes et mauritaniens,
Les efforts assidus, déployés depuis des mois par les partis de l’opposition démocratique, en
vue de réaliser l’objectif d’une candidature unique , pour faire triompher notre projet

commun d’instauration d’un nouvel ordre démocratique, en rupture avec le système
autoritaire, militaro-affairiste, discriminatoire et corrompu en place , j’ai accepté avec
lucidité et confiance d’assumer ma responsabilité, en répondant favorablement à la
proposition de candidature qui m’a été faite par la Coalition des Forces de Changement
Démocratique que composent l’UFP, le RFD et l’UNAD aux côtés du mouvement «Nous
pouvons» et bien d’autres acteurs de la vie politique, économique et de la société civile qui
partagent avec nous la même vision d’une Mauritanie indépendante, démocratique,
égalitaire et affranchie des fléaux et maux qui compromettent son épanouissement en tant
que nation unie et forte de sa diversité.
A cet instant, je tiens à remercier particulièrement, le Président Ahmed O. Daddah qui
tenait à être à mes côtés, ici, et qui a déployé des efforts louables, depuis la France, afin de
mobiliser pour ce meeting. Mes remerciements vont également à mon frère, Abdoul
Ghoudous O. Abeidna, président de L’UNAD, qui a déployé les mêmes efforts ainsi qu’aux
dirigeants du mouvement «Nous pouvons», aux autres mouvements de jeunes dont nous
attendons, incessamment, le ralliement à notre coalition mais aussi aux dirigeants et
militants du RFD et de l’Unad pour les efforts qu’ils ont fournis afin d’assurer le succès de ce
meeting.
Nous constituons, aujourd’hui, une coalition porteuse d’un projet exaltant, qui est
d’arracher l’alternance démocratique à laquelle aspire notre peuple lors de la prochaine
présidentielle, avec l’aide d’Allah.
Chers concitoyens,
Notre pays est à un tournant de son histoire. Nous devons tous en être pleinement
conscients, pour en assumer chacun et chacune sa part de responsabilité et d’honneur
exaltant.
Notre pays vit depuis longtemps, et de plus en plus cruellement, d’énormes distorsions,
d’intolérables contradictions qu’il faut résoudre au plus vite car leur persistance continue de
nous entrainer vers des abimes.
Nous vivons depuis plusieurs décennies, sous un régime de gestion chaotique du pays sur
tous les plans, qui a atteint son paroxysme sous le Président sortant.
La promesse phare de ce régime, issu d’un Coup d’Etat insensé contre le Président Sidi Ould
Cheikh Abdallah était de réduire la pauvreté et de combattre la gabegie. Hélas, vous
constatez vous-mêmes, autour de vous, tous les jours, l’appauvrissement extrême de
secteurs de plus en plus larges de nos populations et l’enrichissement inouï d’une minorité
de plus en plus restreinte, qui s’est accaparée, sans vergogne, des leviers de commande du
pays et a transformé les immenses richesses de notre sol, de notre sous-sol et de notre mer,
en rentes de situation parasitaire.
La dégradation des conditions de vie des masses a atteint l’intolérable, non seulement pour
les éternels laissés pour compte des politiques publiques que sont nos ouvriers et nos

paysans, dans nos villes et dans nos campagnes, mais aussi la classe moyenne dans son
ensemble et même les couches plus élevées dans la hiérarchie sociale du pays. La misère
étend son sinistre manteau sur tous, avec l’érosion continue du pouvoir d’achat, un taux de
chômage galopant, une école en crise multiforme, un système de santé dégradé au point
qu’il en devient inexistant, un tissu social en lambeaux, et une insécurité devenue désormais
le cauchemar de la plupart des citoyens.
A tous points de vue, le bilan de ce régime aux multiples « réalisations » comme le
chantonnent de plus en plus faiblement d’ailleurs ses thuriféraires en voient de
disparition, est accablant et irréfutable. Malgré toutes les faramineuses richesses du pays,
son fer, son or, son poisson et bientôt son gaz et son pétrole, qui aiguisent déjà les appétits
des prébendiers nationaux et étrangers, notre taux d’endettement, a atteint le seuil de 5
milliards d’UM et notre peuple dont les conditions de vie ont continué à se dégrader.
L’unité nationale a été très gravement mise à mal au cours des dix dernières années du fait
de ce régime qui a délaissé, complètement, les dossiers sensibles tels que les pratiques
esclavagistes qui peuvent pourtant être bannies en peu de temps pour peu qu’il y ait une
volonté politique sérieuse.
Quant aux séquelles, dont souffrent la frange des Harratines, avec leur lot de pauvreté, de
marginalisation et de privation des services de base, elles n’ont pas reçu, non plus, de
traitement adéquat de la part du pouvoir en place.
Personne ne peut oublier comment M. Mohamed Ould Abdel Aziz avait stoppé net, lors du
coup d’Etat insensé de 2009, les efforts de règlement consensuel, de la question du « passif
humanitaire » entrepris sous le régime du Président Sidi Ould Cheikh Abdallah, pour faire
justice aux ayants droits et amorcer une réconciliation nationale et un règlement définitif de
la question des déportés.
Mais ce grand désastre touche, à des degrés divers, toutes les couches sociales du pays, dans
toutes nos communautés y compris nos compatriotes vivant à l’étranger concernant leur
droit au vote, a l’enrôlement et à la double nationalité.
La gabegie affecte toutes les institutions de l’Etat telles que le parlement, réduit en une
chambre d’enregistrement et de légalisation des injonctions du chef de l’Etat, après que le
sénat ait été dissout de manière anticonstitutionnelle.
Le pouvoir judiciaire a été instrumentalisé par l’exécutif qui a vidé de leur substance toutes
les institutions de l’Etat dont l’existence même et le fonctionnement sont détournés de leur
buts et fonctions et transformés en rouages dans une machine infernale d’accaparement des
richesses nationales et d’exclusion de tous les autres mauritaniens.
Même les hommes d’affaires, dans leur immense majorité, sont pressurés, soumis à
des multiples chantages et pressions douanières et fiscales, marginalisés et persécutés par
un Etat tenu par un clan d’hégémonistes qui l’instrumentalisent pour tuer toute compétition
loyale.

Les organes de gestion des institutions décentralisées, telles que les communes et conseils
régionaux, crées récemment, ont été dépouillés de toutes leurs prérogatives et moyens
d’intervention au service des populations locales de même que l’administration territoriale.
Aujourd’hui, des milliers de citoyens ont été spoliés de leurs biens au vu et au su de l’Etat
dans ce scandale immobilier dit « affaire cheikh Rida », qui prend, petit à petit, les allures
d’une crise sociale et sécuritaire grave que l’état doit impérativement résoudre de manière à
rendre aux victimes leurs biens spoliés et à préserver la quiétude et l’odore public.
Ce pouvoir est resté sourd aux revendications des médecins et infirmiers qui sont 2 000 à
attendre le recrutement en plus des 3 000 contractuels de l’enseignement qui sont dans la
même attente.
10 000 dockers attendent d’être traités comme des êtres humains et affranchis de
l’esclavage moderne auxquels s’ajoutent des milliers de citoyens qui se rassemblent tous les
jours devant la présidence pour revendiquer leurs droits parmi lesquels les étudiants du
centre de formation des Oulémas et autres victimes des injustices sans que personne ne
daigne les écouter.
Je tiens ici à rassurer nos concitoyens et particulièrement les communautés rurales qui ont
étaient abandonnées par le pouvoir en place au moment de la sècheresse implacable qui a
décimé des centaines de milliers d’animaux ; je rassure tous les agriculteurs des adwaba et
des autres zones qui vivent de l’agriculture sous pluie et qui ont été négligés.
Je dis aux uns et autres que s’ils m’élisent comme président de la république ils verront la
différence avec le pouvoir en place et trouveront toujours une oreille attentive à leurs
appels.
Depuis les Accords de Dakar de 2009 arrachés aux putschistes, mais jamais respectés,
aucune élection, aucun référendum dignes de ce nom, crédibles, transparents, n’ont jamais
été organisés. Au contraire, ils ont tous servi de faire-valoir à un régime autoritaire,
gabegiste et liberticide.
En effet, tous les rouages de l’administration et tous les moyens de l’Etat ont étaient
mobilisés et mis au service d’un candidat que l’actuel chef du régime cherche à imposer au
peuple mauritanien afin de continuer à gouverner dans l’ombre.
Citoyennes, citoyens, chers compatriotes,
Dans une forme de tortuosité politique, les tenants du système sèment la désolation et le
fatalisme en faisant croire que le peuple ne peut rien et que l’alternance réelle est vouée à
l’échec. Nous démontrerons le contraire comme nous avons pu, par le passé, grâce aux
luttes et aux sacrifices du peuple mauritanien, arracher des acquis significatifs à chaque
étape de notre histoire récente ; des acquis que les tenants du pouvoir en place s’évertuent
à s’approprier et à anéantir.

Le pouvoir sortant doit, alors que nous nous préparons à la prochaine présidentielle,
demander pardon au peuple mauritanien pour tous les crimes et abus commis, en son nom
et pour toutes les souffrances qu’il a endurées au cours de la dernière décennie.
La coalition dont j’ai l’honneur de porter le flambeau, assumera sa responsabilité et
poursuivra la lutte patriotique et démocratique du peuple mauritanien à travers cette
présidentielle. Et nous parviendrons, grâce à Allah, à reprendre en main notre destin et à
réorienter nos politiques a tous les niveaux, puisque c’est la une exigence nationale
impérieuse et une priorité absolue.

Chers compatriotes,
C’est en partant de ce tableau concis et sombre, que je viens vers vous, porteur d’un grand
espoir, animé d’une foi inébranlable en nos forces communes conjuguées qui pourraient, au
jour de cette élection, changer la face de notre monde, modifier le destin que les
accaparateurs et les oppresseurs veulent nous imposer à perpétuité.
Si nous sommes unis autour d’un programme clair, réaliste et populaire dont je déclinerai les
détails au cours de la campagne electorale prochaine, aucune manœuvre du pouvoir ne
pourra contenir la force irresistible de votre vote.
A vos côtés, avec dévouement et sans relâche, je porterai le flambeau du redressement
national, de l’égalité, de la cohésion sociale, du développement économique et social
équitable et durable dans notre cher pays.
Telle est votre aspiration légitime et profonde ; et je vous promets de l’accomplir avec l’aide
d’Allah.
Chers concitoyens,
Nul doute que l’urgence est à visage multiple et que notre pays a besoin d’un redressement global.

Le programme que je porte s’articule autour de la vision d’une Mauritanie libre,
démocratique et réconciliée avec elle-même. La mise en œuvre d’une telle vision requiert,
dans l’immédiat, des mesures essentielles que je m’engage à prendre dès mon élection
inchaAllah, dans le cadre d’un gouvernement de large union nationale que je formerai en
collaboration avec les membres de la coalition.
Notre feuille de route sera centrée sur les principaux axes suivants :
– Renforcer l’unité nationale et la cohésion sociale par un traitement adéquat de
toutes les questions y afférant,
– Rétablir les équilibres économiques et impulser la production nationale et locale,
– Rendre effective l’indépendance organique du parquet et du Conseil de la
Magistrature, vis-à-vis du pouvoir Exécutif
– Réaliser un recensement exhaustif de toutes les pratiques esclavagistes afin de les
éradiquer dans un délai d’un à deux ans,
– Adopter une politique de discrimination positive au profit des victimes de telles
pratiques,

– Résoudre, de façon définitive, le dossier du passif humanitaire sur la base d’une
feuille de route dont l’élaboration impliquera toutes les parties concernées tout en
s’inspirant des expériences réussies dans ce domaine,
– Officialiser toutes les langues nationales et les introduire dans le système
d’enseignement de manière à ce que chaque fonctionnaire de l’Etat puisse maitriser
la langue arabe en plus d’une autre langue nationale au moins,
– Améliorer les conditions de vie des populations par la baisse des prix des produits de
base ; et nous ne nous contenterons pas de l’expérience des boutiques Emel qui ont
plus profité aux commerçants qui les approvisionnent qu’aux populations cibles,
d’après un rapport de la Banque Mondiale.
Je m’engage, dans ce cadre, à doubler les salaires particulièrement des classes moyennes :
fonctionnaires, professeurs, enseignants, médecins, infirmiers, soldats et officiers de
l’armée, de la gendarmerie, de la police, des douanes et garde nationale et d’autres
catégories de fonctionnaires qui perçoivent des salaires très bas.
– Organiser des concertations nationales élargies autours de la gestion des ressources
minières et particulièrement du pétrole et du gaz pour que leurs retombées profitent
à toutes les franges de la population plutôt que d’être une malédiction comme dans
de nombreux pays.
– Elaborer une stratégie nationale et un plan d’urgence permanent pour faire face aux
catastrophes naturelles notamment à la sècheresse afin de secourir les populations
et de protéger le cheptel ;
– Adopter un plan national de réduction du chômage notamment parmi les jeunes et
les femmes. A cet égard je ne proposerai pas de solutions détaillées car cela requiert
une approche sérieuse et scientifique mais je m’engage, d’ores et déjà, à placer cette
question en tête de nos priorités afin d’y apporter des solution rapides et efficaces,
inchaAllah
– Réorganiser et moderniser nos forces armées et de sécurité sur des bases
républicaines qui privilégient la compétence et le professionnalisme pour que notre
pays puisse faire face aux défis sécuritaires complexes auxquels nous sommes
exposés. Car vous savez que notre région devient de plus en plus dangereuse comme
d’autres régions du monde ce qui impose à chaque pays qu’il se dote de forces
armées et de sécurité capables de relever les défis sur une base républicaine plutôt
que d’être vouées à la protection d’un groupe au pouvoir,
– Lutter contre la gabegie en réorganisant les mécanismes qui régissent les marchés
publics et en élaborant et mettant en œuvre une loi de lutte contre l’enrichissement
illicite,
– Résoudre la crise immobilière inhérente à l’affaire Cheikh Rida, de manière à ce que
les victimes recouvrent leurs biens spoliés,
– Reconstruire ou réhabiliter les principaux axes routiers du pays :
o La route de l’espoir
o Nouakchott – Rosso
o Nouakchott- Nouadhibou
o Nouakchott- Atar
– Convoquer des assises nationales sur l’enseignement : je n’anticiperai pas sur les
travaux ni sur les résultats de telles assises puisqu’ils seront le fruit d’une large
concertation impliquant tous les acteurs concernés ;
– Convoquer des assises nationales sur la santé publique avec la participation de tous
les acteurs de ce secteur,
– Réviser le système de retraite afin d’améliorer les conditions de vies des retraités qui
sont jetés à la rue et vivent souvent en dessous du seuil de pauvreté,
Enfin, je voudrais exprimer mon entière solidarité avec toutes les victimes du despotisme et
de la violation des libertés et particulièrement de la liberté d’expression. Je pense,
précisément, aux blogueurs Abderahmane Ould Weddady et Cheikh Ould Jiddou qui n’ont
fait que relayer une information dont le pouvoir devait avoir à cœur d’élucider les contours
plutôt que s’en prendre à ceux qui ont cherché à informer l’opinion publique.
Je vous remercie, encore une fois et ensemble nous poursuivrons notre marche pour libérer
définitivement notre pays du despotisme. La prochaine présidentielle sera l’occasion pour le
peuple mauritanien comme les autres peuples de manifester son rejet de la dictature.


Mohamed Ould Maouloud
Candidat à l’élection présidentielle
Nouakchott, le 07/07/2019